Face à l'ampleur de la pollution par les mégots, Courbevoie a engagé une politique ambitieuse de lutte contre les mégots jetés sur l'espace public. La ville déploie des solutions concrètes pour améliorer la propreté urbaine : installation de cendriers de rue, distribution de cendriers de poche, campagnes de sensibilisation et partenariat avec l'éco-organisme ALCOME. Ces actions visent à réduire durablement l'impact environnemental de ces déchets toxiques tout en responsabilisant chacun sur ce geste du quotidien.

Pollution des mégots de cigarette : petit déchet, gros impact

L’ADEME a fait les comptes. En France, 25 000 tonnes de mégots, soit 23 milliards de mégots sont jetés au sol, sur la voie publique chaque année, soit 1 mégot pour 4m² d’espace public. Seul 1 mégot sur 2 est jeté dans une poubelle. 

Le saviez-vous ? Un mégot de cigarette contient un filtre en plastique (acétate de cellulose), mais aussi 4000 substances chimiques, toutes nuisibles pour l'environnement : plomb, mercure, dioxyde de titane, ammoniac, benzène, cadmium, arsenic, phénols…

Ces déchets, petits et légers, échappent souvent aux efforts des agents de nettoiement de la voirie. Or, un mégot jeté au sol se retrouve dans la nature, et pour longtemps : il mettra 10 ans à se dégrader. Le mégot jeté en ville se retrouve dans les égouts, puis dans nos cours d'eau, et, immanquablement, dans les mers et océans.

Selon une étude de l'INERIS de 2019, le mégot constitue le premier déchet dans la mer. Un seul mégot peut polluer jusqu'à 500 litres d'eau.

En résumé, les mégots de cigarettes constituent l’une des principales sources de pollution de l’environnement.

Interdiction de jeter les mégots : quelle sanction ?

L'abandon d'un mégot sur la voie publique est puni d'une amende forfaitaire de 135 €, pouvant être majorée à 375 € et aller jusqu'à 750 € en cas de récidive. Mais il reste souvent difficile pour les policiers municipaux d'appliquer ces textes sur le terrain.

Combien cela coûte à l'ensemble des habitants ?

Le ramassage des mégots sur la voie publique est actuellement à la charge des services Propreté des collectivités. Le ramassage est donc entièrement financé par l’impôt local. 

À titre d’exemple, le coût de la collecte des mégots pour le Grand Lyon (1.4 M d’habitants) est estimé à 55 M€ par an. L’ADEME a calculé que le ramassage des mégots en France coûte 38 € par habitant et par an.

Courbevoie choisit la collecte à la source

À l’occasion du Mégothon de mai 2025, Courbevoie s’est lancée dans une politique ambitieuse et volontariste pour réduire l’impact environnemental des mégots jetés au sol.

1ère étape : trouver des financements, pour avoir les moyens de son ambition, mais sans grever le budget de la commune.

Ainsi, comme plus de 180 communes en France, et 8 des 11 villes de l’intercommunalité POLD, Courbevoie a conventionné avec l’éco-organisme ALCOME.

La nouvelle loi sur les déchets et l'éco-organisme ALCOME

Dans le cadre de la directive-cadre européenne sur les déchets, la loi AGEC (loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire) de 2020 renforce le principe du « pollueur-payeur » pour les collectivités territoriales et l'ensemble des acteurs. Des filières à responsabilité élargie des producteurs (REP) sont créées ou renforcées pour certains produits.

Le principe : les entreprises qui mettent sur le marché certains produits sont rendues responsables du financement ou de l'organisation de la prévention et de la gestion des déchets issus de ces produits en fin de vie.

Une REP sur les produits issus du tabac est créée en 2021. Elle est confiée, pour 7 ans, à l'éco-organisme ALCOME, qui a deux missions principales :

  • Collecter des écocontributions auprès des producteurs de tabac.
  • Les redistribuer aux collectivités adhérentes au dispositif.

Avec un montant d'écocontributions de 80 M€ par an, l'objectif fixé à ALCOME par l'État est une réduction de 40 % des mégots jetés au sol d'ici 2027, par rapport à 2021. Cette mesure s'inscrit dans une politique nationale de lutte contre la pollution urbaine.

Affiches, cendriers et sensibilisation : les actions à Courbevoie

Le conventionnement avec ALCOME comporte plusieurs volets pour aider la ville à déployer ce pan de sa politique environnementale :

  • Des subventions, allouées en fonction du nombre d’habitants
  • Des dotations de matériels (comme des cendriers de poche)
  • Des supports pédagogiques et de communication pour sensibiliser à cet enjeu environnemental

Afin de tester opérationnellement le dispositif, une 1ère tranche de cendriers de rue a été installée. Ainsi, 31 cendriers de rue ont été posés dans les 4 quartiers de la ville.

Un tiers sont des cendriers de sondage, c’est-à-dire des cendriers incluant un message de sensibilisation. Le Conseil Municipal des Jeunes a été mis à contribution, et a proposé 35 « slogans » impactant, dont :

  • Tous les ans, le nombre de morts du tabac est de ? (75 000)
  • Combien dépense en 1 an, un jeune qui fume un paquet tous les 2 jours ? (2000 €)
  • Qu’est ce qui met le plus de temps à se dégrader : un mégot de cigarette ou un chewing-gum ?
  • En un jour, avec les déchets que produisent les Français, on pourrait remplir 19 500 piscines olympiques.

De plus, des flyers de sensibilisation sont positionnés aux accueils des mairies de la ville.

Des affiches ont été installées sur les panneaux communaux.

Un bilan de l’état des « points chauds », espaces publics où on compte un nombre important de mégots au sol, est actuellement en cours. 

Les agents de la voirie sont en train d’établir un retour d’expérience étayé (cendriers déjà installés, taux de remplissage, modèles de cendriers…), afin de pouvoir lancer de manière éclairée la 2ème tranche de déploiement des cendriers de rue.

Par ailleurs, d’autres pistes sont à l’étude : 

  • 4000 cendriers de rue vont être distribués progressivement, lors des évènements organisés par la ville, auprès des bar, tabacs, restaurants….
  • Des pochoirs ou des clous à fixer sur la voie publique, par exemple devant les grilles d’égout.
  • Une nouvelle campagne d’affichage sur les panneaux de la ville

Dégradation et recyclage des mégots : ce qu'il faut savoir

Un mégot jeté au sol met plus de 10 ans à se dégrader totalement dans l'environnement. Durant cette période, il libère progressivement ses substances toxiques dans les sols et les eaux, notamment par les bouches d'égout, impactant durablement nos ressources naturelles sur le long terme.

Le recyclage des mégots reste une opération complexe et coûteuse. Le processus nécessite plusieurs étapes : séparation par broyage des différents composants (80 % d'acétate de cellulose, 12 % de papier et cendres, 8 % de substances toxiques), décantation dans l'eau des matières compostables, puis récupération du plastique.

Ce plastique recyclé peut servir à fabriquer du mobilier urbain, des isolants ou du rembourrage textile. Toutefois, sa qualité reste faible et difficile à intégrer dans les processus industriels.

Le recyclage consomme de l'eau, de l'énergie, du carburant pour les collectes, et produit des résidus toxiques. La valorisation matière ne permet pas de rentabiliser la filière.

Dans le cadre de sa transition écologique, Courbevoie a choisi d'incinérer les mégots récoltés, comme 5 des 8 villes de POLD conventionnées avec ALCOME. Ces déchets sont ainsi valorisés en énergie avec les ordures ménagères. Adopter les bons gestes reste essentiel : utilisez les cendriers de rue mis à disposition ou un cendrier de poche.

Pour plus d'informations sur le sujet, contactez Sylvie Hammadi au service développement durable et transition énergétique.