Artiste généreuse, libre et spontanée, Clémentine Célarié s’exprime avec autant de brio sous l’œil des caméras que sur les planches, devant un micro qu’avec une plume. Actuellement en tournage, la comédienne sera la marraine enthousiaste de la 11e édition du Festival des mots libres. Rencontre.

Malgré un emploi du temps très chargé, vous avez accepté de parrainer le Festival des mots libres 2021. Quelles ont été vos motivations ? 

Clémentine Célarié : Tout d’abord, j’aime beaucoup le Centre événementiel de Courbevoie. Et j’estime qu’aujourd’hui, il est fondamental de nous fédérer autour de quelque chose qui nous élève et de célébrer les mots, écrits ou échangés, qui sont porteurs d’imaginaire et de créativité. 

Dans Une Vie, vous avez incarné Jeanne, l’héroïne du roman éponyme de  Maupassant. Pourquoi avoir décidé d’interpréter, seule sur scène, ce classique de la littérature française aux thèmes universels ? 

C. C. : Les spectacles qui rendent hommage aux grands auteurs sont très précieux en ce qu’ils ont de profond, d’authentique. Nous devons préserver cet héritage comme nous entretenons un feu. J’ai découvert Maupassant à l’âge de 16 ans en assistant à une lecture des Contes de la bécasse par Gérard Guillaumat. Ça a été une révélation, à l’origine de ma vocation artistique. À une époque où le politiquement correct prétend éroder toutes les aspérités, Maupassant éveille en nous le sens de l’aventure, la fougue, la passion, l’émotion face à la beauté. Il y a, chez lui, quelque chose d’organique, de violent, de sensuel. Pourquoi Une Vie ? En dépit de toutes les épreuves qu’elle subit, Jeanne croit jusqu’à la fin à la possibilité d’un amour pur et absolu. C’est aussi ce que j’espère, et c’est pour ça que je suis comédienne. Pourquoi devrions-nous nous plier aux impératifs de la raison au mépris de la passion ? Portée par ce texte à la première personne, j’ai vécu, au théâtre des Mathurins, une communion intense avec le public, des instants de grâce que je n’avais encore jamais connus dans ma carrière.
Pour moi, le théâtre est indissociable de la vie, comme les vagues sont indissociables de la mer. 

Le roman s’achève par cette déclaration de Rosalie à Jeanne : "La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit." Voyez-vous dans cette maxime une forme de réalisme, voire d’optimisme, qui mériterait réflexion à notre époque ?

C. C. : Le cheminement de nos vies ne diffère pas selon qu’on l’emprunte en riant ou en pleurant. Nul ne sait ce que l’avenir nous réserve, mais il y a toujours de l’espoir. J’ai une amie, Lauren, qui souffre de la maladie de Charcot et ne se plaint jamais, alors que son corps l’a abandonnée. Sachons être reconnaissants de ce que nous avons, surtout lorsque nous sommes en bonne santé. C’est une leçon que nous avons pu méditer pendant les périodes de confinement, qui nous ont incités à revenir à des valeurs essentielles et à prendre conscience de la présence des autres. 

En 2015, vous avez également endossé le rôle principal de la pièce Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, adaptée du chef-d’œuvre de Stefan Zweig par Éric-Emmanuel Schmitt. Que vous a inspiré la tragédie de cet élan passionnel et rédempteur déçu ? 

C. C. : Ces Vingt-quatre heures font écho à des expériences personnelles. J’aime l’idée de ce saut vers l’inconnu, de cet envol de la falaise. Je vis moi-même pour cela. L’amour, dans toutes ses déclinaisons, est la seule chose qui m’intéresse. Il ne doit pas se perdre à cause des réseaux sociaux, des machines ou de l’éloignement. 

Amoureuse revendiquée des mots, vous êtes également l’auteur de plusieurs ouvrages. Quels sont vos genres et sujets de prédilection ?

C. C.: Je suis particulièrement attachée au roman, qui est l’un des derniers espaces de liberté, où la créativité échappe à toute tentative de formatage. Or, je lutte depuis toujours contre toute entrave à la liberté d’expression, tous les jugements assassins du tribunal de la foule. J’ai publié cinq romans, dont On s’aimera, qui évoque une famille recluse chez elle à cause d’une catastrophe naturelle, qui doit apprendre à coopérer. Je me suis aussi inspirée de ma participation au programme court de France 2 Vestiaires pour écrire À la folie, un roman sur la différence et ses ressorts insoupçonnés. 

Quels sont les livres qui vous ont initiée à la littérature ?

C. C. : Le Petit Prince de Saint-Exupéry, Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, L’Attrape-cœurs de J. D. Salinger, l’œuvre de Boris Vian et de Jacques Prévert (surtout Jean de la Lune). Je citerais aussi C’est idiot de mourir de Mario Puzo. 

Comment peut-on inciter le jeune public, particulièrement sollicité par les médias audiovisuels, à découvrir les joies de la lecture ?

C. C. : Les parents ne doivent pas mettre de téléphone et de tablette dans les mains de leurs jeunes enfants, au risque de compromettre le développement de leur imagination. Les professeurs ont aussi une responsabilité dans ce domaine, et je suis heureuse que certains d’entre eux amènent leurs élèves au théâtre. C’est par le spectacle vivant que ces adolescents viendront à la littérature. Il faut savoir faire confiance aux capacités de la jeune génération !